Bridgestone dans le Championnat du Monde d’Endurance – La vie d’un pneu
Équipes de tête
Les pneus utilisés par temps sec dans le Championnat du Monde d’Endurance sont toujours des slicks, c’est-à-dire des pneus sans profil, offrant une adhérence maximale sur piste sèche. Bridgestone s’est lancé dans l’EWC en 2016, et il ne fait aucun doute que ce sont les meilleurs pneus du championnat. Avec l’équipe BMW Motorrad World Endurance qui a elle aussi opté pour Bridgestone, ce sont désormais cinq équipes de tête qui roulent sur des pneus Bridgestone. Ça veut tout dire.
Tout ce que Bridgestone apprend en matière de performance est transposé dans les pneus que vous pouvez acheter. C’est une question d’honneur pour Bridgestone. Un pneu EWC est à la fois le fruit d’années de recherche et développement et un outil de recherche pour fabriquer des pneus toujours meilleurs.
Gripping Stories s’est rendu aux 24 Heures du Mans pour découvrir la vie d’un pneu de course.

Le sens du détail
Bridgestone est devenu un maître dans l’art de prévoir ce qui sera nécessaire pour une course donnée. Il faut tenir compte de l’asphalte, mais aussi de la température, des conditions météo, de la pression des pneus, de la température des chauffes-pneus et même du caractère des différentes motos. Par exemple, on sait que la Kawasaki du Team Webike Trickstar — qui roule sur Bridgestone pour la première fois cette année — a un caractère moteur très agressif. Cela impose d’autres exigences au pneu que, par exemple, la YART Yamaha, qui transmet sa puissance à la roue arrière de manière plus souple. L’électronique propre à chaque moto entre aussi en jeu. Et il y a bien sûr les pilotes. Tout est pris en compte. Et quand on demande aux nouvelles équipes, BMW et Kawasaki, ce qui rend la collaboration avec Bridgestone si spéciale, la réponse est : le sens du détail.

Type
Ce qui rend la carcasse et le composé si spéciaux, c’est… un secret. Comme la concurrence suit tout de près, impossible de dévoiler ces détails. On parle souvent de « caoutchouc », mais ce n’est en réalité qu’une petite partie du mélange chimique qu’on range sous cette appellation. Voilà pourquoi un pneu EWC n’a pas vraiment de nom. Même si Bridgestone utilise souvent le même nom pour ses pneus sur chaque course, le type de pneu correspondant varie d’un circuit à l’autre. Même les équipes ignorent quel type se cache derrière quel nom.

Sympathie
Lorsqu’un pneu sort du moule à Tokyo, c’est toujours avec une course bien précise en tête. Dans ce cas-ci : Le Mans, et par exemple la BMW M 1000 RR. Le pneu est ensuite transporté sur le circuit avec quelque 1,300 exemplaires identiques. Le tout est manipulé avec un soin extrême. Chaque slick est stocké debout, entre d’autres pneus, dans des conteneurs chauffés. Cela coûte une fortune, mais cela évite que la carcasse se plie ou se déforme sous une pile de pneus, sans parler du mélange qui pourrait se détériorer avec le froid.

Instructions
Une fois sur place, ce sont les ingénieurs de Bridgestone qui décident du choix des pneus. On retrouve souvent une sélection de trois slicks arrière : appelons-les simplement soft, medium et hard. Chaque équipe a son propre ingénieur attitré, supervisé par une équipe d'ingénieurs centrale. C’est elle qui détermine quel pneu utiliser et quand, et qui donne les instructions dans les stands : échauffement, durée de chauffe, etc. Un pneu Bridgestone est donc traité avec un soin extrême. Lors du montage sur la jante, confié à une équipe d’une dizaine de mécaniciens, une grande attention est portée à l’ajustement parfait du slick. Une ligne indicatrice sur le flanc permet de le vérifier.
Écrou
Les ingénieurs de Bridgestone sont également très pointilleux sur les types de valves utilisées. Car les détails peuvent tout changer. Plus tard dans la course, le pneu avant de la YART Yamaha gagnante se dégonflera tôt le matin. En cause : un écrou défectueux sur la valve du pneu. Une minuscule pièce, aux conséquences potentiellement énormes.

Large plage
À Le Mans, il fait frais et humide. Mais grâce à la gomme « super soft », les slicks Bridgestone tiennent bon. Autre constat des équipes cette année : les Bridgestone fonctionnent bien dans une très large plage de conditions. La concurrence est plus sensible aux variations de température ou d’humidité, et doit donc adapter ses pneus plus souvent. Les Bridgestone tiennent mieux dans un spectre plus large.
Et ça se retrouve évidemment aussi sur les pneus que vous utilisez au quotidien. La polyvalence, c’est un atout inestimable, sur route comme en endurance. Dans ces courses de plus en plus serrées, chaque pitstop coûte un demi-tour, voire un tour entier, qu’on ne rattrape plus. Et sur la voie publique, chaque changement soudain d’adhérence ou de conditions est naturellement plus sûr lorsqu'il est absorbé par un pneu à large spectre.

Infos
On ne peut pas partager ici les données exactes concernant les températures, pressions ou angles d’inclinaison : ces infos sont confidentielles entre Bridgestone et l’équipe. Même les autres équipes Bridgestone n’y ont pas accès. Mais le fait que BMW rentre au stand après 32 tours – et uniquement par manque d’essence – en quatrième position, derrière YART-Yamaha, Kawasaki Webike Trickstar et F.C.C. TSR Honda France (tous aussi en Bridgestone), en dit peut-être plus long que n’importe quelle statistique.

Et ensuite ?
Quand les pneus sont changés en un éclair au stand, l’équipe emmène directement les slicks usés pour un check express. Température, pression, inspection visuelle de la gomme. Rien à signaler. C’est le pilote qui reçoit les applaudissements de l’équipe, mais le pneu a joué un rôle clé dans ce succès.
Comme ce slick s’est si bien comporté dans des circonstances peu évidentes, son code-barres est scanné. Cela signifie que ce pneu sera mis à part pour une analyse approfondie et que toutes les données seront conservées. Combien de gomme a-t-elle été usée ? Le pneu sera entièrement photographié, ensuite stocké en Allemagne, puis renvoyé au Japon pour une analyse encore plus poussée.

ADN Bridgestone
Le plus important dans cette histoire ? Le client final. Oui, vous, qui savez maintenant que le prochain pneu Bridgestone que vous monterez sur votre moto bénéficiera de toute l’expérience accumulée dans le championnat le plus dur du monde. C’est ça, l’ADN Bridgestone.




