L’innovation de Bridgestone dans le domaine des pneus moto ne vient pas uniquement du laboratoire : elle se nourrit d’une connaissance approfondie du marché, d’une collaboration étroite avec les constructeurs et de plusieurs décennies d’expérience de terrain. Nous nous sommes entretenus avec Dominique Plom, chef de produit et responsable grands comptes chez Bridgestone Motorcycle Europe, pour découvrir comment ses deux fonctions lui permettent de faire le lien entre le développement des produits et les partenariats avec les constructeurs, et pourquoi la passion est au cœur de tout ce qu’il fait.
Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre rôle chez Bridgestone ?
« Je m’appelle Dominique Plom, commence-t-il. Chez Bridgestone, j’exerce deux fonctions distinctes. D’une part, je suis chef de produit pour tous les pneus moto homologués pour la route sur les marchés européens. D’autre part, je suis responsable grands comptes : je gère les relations avec les constructeurs de motos et je supervise les montes d’origine (OE). »
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En quoi consistent concrètement ces deux fonctions au quotidien ?
« En tant que chef de produit, je supervise l’ensemble de la gamme et je veille à ce qu’elle réponde aux besoins du marché. Cela implique d’entretenir des échanges étroits avec notre centre technique au Japon et de contribuer à définir la feuille de route du développement des futurs produits, explique-t-il. L’Europe est le premier marché de Bridgestone pour la moto : près de 60 % de notre volume mondial de pneus moto provient d’Europe. Nous jouons donc un rôle majeur dans l’évolution de nos produits. »
« En tant que responsable grands comptes, je suis quotidiennement en contact avec nos clients constructeurs et je veille à ce que les pneus adéquats soient livrés pour les modèles en production. Cela implique de travailler plusieurs années à l’avance. En ce moment, nous discutons déjà de modèles qui sortiront en 2027 ou 2028. C’est un travail de longue haleine. »
Pourquoi l’activité de première monte est-elle si importante ?
« La première monte, c’est un peu comme de la publicité gratuite, dit-il. Lorsqu’un motard achète une moto neuve équipée de pneus Bridgestone et qu’il en est satisfait, il y a davantage de chances qu’il choisisse à nouveau notre marque au moment de les remplacer. »
« C’est une stratégie à long terme : cette activité est rentable, mais l’essentiel de sa valeur vient des ventes qui suivent sur le marché du remplacement. Voilà pourquoi il est si important que nos produits équipent ces motos neuves. »
Y a-t-il beaucoup de concurrence sur le marché de la première monte ?
« Oui, mais sur le marché moto, la concurrence se joue encore dans le segment premium, souligne-t-il. Contrairement au marché automobile, où des fabricants venus d’autres régions du monde, notamment de Chine ou de Corée, arrivent en force, la première monte moto reste l’affaire de marques bien établies et de grande qualité. La concurrence est rude, mais elle se concentre davantage sur la qualité, ce qui nous convient bien. »
Comment êtes-vous arrivé dans ce métier ?
« Je travaille chez Bridgestone depuis plus de vingt ans, raconte-t-il. J’ai commencé en 20 comme ingénieur de terrain dans la division moto. J’ai ensuite passé sept ans dans l’automobile, où je collaborais avec des constructeurs au développement de pneus de première monte. En 2004, je suis revenu dans la division moto. J’ai eu l’impression de rentrer à la maison. »
Sa passion ne date pas d’hier. « J’ai une formation en technologie automobile et en moteurs thermiques, et j’ai grandi à seulement 500 mètres du circuit de Spa, en Belgique. Depuis l’enfance, les moteurs me fascinent. Au fond, la voie était toute tracée. »

Roulez-vous vous-même à moto ?
« Oui, je roule tous les jours, répond-il avec le sourire. Il m’arrive même d’emmener mes enfants à l’arrière. La moto fait partie de ma vie. »

Quelle préparation faut-il pour organiser un événement de lancement comme celui-ci ?
« Un tel événement demande beaucoup de préparation en coulisses, explique-t-il. Nous devons obtenir des motos de presse auprès des constructeurs — BMW, KTM, Yamaha… — et travailler en étroite collaboration avec nos partenaires. Je contribue aussi à préparer la présentation technique et je veille à ce que tout soit prêt du côté des pneus. »
Et une fois sur place ?
« L’une de mes responsabilités consiste à vérifier que la pression des pneus et les réglages des motos sont corrects, explique-t-il. Même si notre nouveau Battlax T33 est un pneu destiné au marché du remplacement et conçu pour équiper de nombreuses motos, certains paramètres doivent encore être ajustés à chaque modèle — réglage de la suspension, pression correcte — pour en tirer les meilleures performances. »
Il ajoute : « Je travaille avec notre équipe technique et nos pilotes d’essai. Leurs impressions au guidon sont essentielles pour parvenir au meilleur réglage possible. »
À quel point le travail d’équipe est-il important pendant l’événement ?
« Il est essentiel, répond-il. Nous avons la chance de travailler avec une excellente agence qui nous soutient sur tous les fronts : logistique, médias, mise en place de l’événement. En interne aussi, nous collaborons très bien, notamment avec des collègues comme Mike et Bob. Tout repose sur la coordination. Au bout du compte, c’est un produit Bridgestone que nous présentons au monde entier, et nous devons le faire comme il faut. »

Quel est le plus grand défi de votre travail ?
« Honnêtement, le plus grand défi, c’est la communication interne avec le Japon, reconnaît-il. Nous sommes une entreprise japonaise et nos pneus moto y sont développés à 100 %. En Europe, notre rôle est de veiller à ce que les besoins de notre marché soient clairement compris. Ce n’est pas toujours simple. »
« Il existe des différences culturelles, des barrières linguistiques et parfois simplement une autre façon de penser. Mais nous devons mettre nos interlocuteurs au défi pour nous assurer que les produits développés ne sont pas seulement bons, mais aussi adaptés aux besoins de demain. Si nous savons qui est le leader du marché aujourd’hui, notre objectif est de le dépasser — pas seulement maintenant, mais aussi dans deux ou trois ans. »
Vos retours jouent donc un rôle important dans le développement des pneus ?
« Absolument, répond-il. Nous réalisons des essais comparatifs en Europe et disposons d’un pilote d’essai basé ici, qui communique directement avec le Japon. Le marché européen est assez particulier par rapport à ceux des États-Unis ou du Japon. Le produit doit donc être adapté à nos besoins. Et comme nous représentons le plus grand marché, notre influence est considérable. »
Qu’est-ce qui vous apporte le plus de satisfaction dans votre travail ?
« Voir le produit obtenir de bons résultats, répond-il simplement. En tant que chef de produit, c’est gratifiant de voir un pneu bien se comporter lors des essais. En tant que responsable grands comptes, je ressens cette satisfaction lorsqu’un constructeur choisit notre pneu pour sa nouvelle moto : c’est une véritable marque de confiance. Il ne choisira pas un pneu qui n’est pas à la hauteur. Les pneus sont essentiels aux performances d’une moto. »

Que répondriez-vous à quelqu’un qui vous demanderait comment c’est de travailler chez Bridgestone ?
« C’est un environnement où règne une vraie passion, dit-il. La plupart d’entre nous travaillent dans le département moto depuis quinze, vingt ans ou davantage. Nous sommes là parce que nous aimons ce que nous faisons. C’est un travail exigeant, mais des événements comme celui-ci montrent qu’on peut aussi y prendre beaucoup de plaisir. Il y a une belle énergie. »

Dernière question : quel est votre pneu Bridgestone préféré ?
« J’ai toujours eu un faible pour la gamme sportive, répond-il. Le S23 est donc clairement l’un de mes préférés. C’est un pneu fantastique. Mais au quotidien, je roule en Ducati Multistrada, et le T33 convient parfaitement à cette moto en termes de dimensions et de performances. C’est donc celui que j’utilise le plus souvent. »
Le rôle de Dominique se situe à la croisée du développement technique et de la réalité du terrain. Qu’il s’agisse d’influencer la conception des futurs produits ou de veiller à ce que chaque détail soit prêt pour un lancement majeur, il s’appuie sur des années d’expérience — et une passion sincère. Alors que Bridgestone continue de développer des pneus moto parmi les meilleurs de leur catégorie, des voix comme la sienne contribuent à façonner l’expérience que vivront demain les motards sur la route.










