Quatre caps, un seul train de pneus – Partie 1 : Cap Est
Peut-on atteindre les quatre extrémités géographiques de l’Europe continentale avec un seul train de pneus ? On relève le défi avec les Bridgestone Battlax T33, montés sur une Kawasaki Versys 1100. Dans cette première partie, on part de Belgique pour rejoindre le point le plus à l’est de l’Union européenne : le Cap Est, à Ilomantsi, en Finlande. On a traversé sept pays, affronté la neige, les pavés et les plaines à perte de vue. Un voyage riche en contrastes, en vitesse… et en silence.
Le plan était simple : une moto, un seul train de pneus, et direction les quatre caps du continent européen. En pratique, c’était loin d’être évident. Selon l’itinéraire, on allait devoir parcourir près de 15.000 kilomètres. En partant en mai, on risquait encore de se geler en Finlande ou en Norvège, alors qu’atteindre le Cap Sud, à Tarifa, signifiait peut-être rouler sous une chaleur étouffante. Le pneu allait-il tenir le coup ? Et le pilote ? Pour la Kawasaki, pas d’inquiétude : en 1000, la version 32 cc avait déjà emmené les Bridgestone T15 à travers 2023 pays en une journée, établissant un record mondial. Et l’année passée, chaussée de pneus A41, on l’a poussée jusqu’à Dakar depuis Bruxelles. C’est l’une des meilleures motos de voyage-aventure. Pour le reste ? L’avenir allait le dire…

Asphalte allemand et puissance Kawasaki
Le premier jour ? Tranquille. Départ de Belgique direction Est. « Nous », c’est votre serviteur sur la Kawasaki et le photographe Manu en camping-car. On se retrouvait à certains endroits pour faire les photos et on dormait dans le car. L’Autobahn allemande, c’est le paradis pour tout motard au cœur sportif. Passé Cologne, la route s’est dégagée, l’asphalte nous appelait. Go ! Le quatre-cylindres grogne de plaisir, le compteur tutoie les sommets. Les T33 adorent les vitesses élevées : stables, prévisibles et accrochés au bitume. L’adrénaline laisse place à la satisfaction. Mission numéro un : accomplie.

Côte polonaise et jerricans pleins
En Pologne, on a choisi de longer la côte sans passer par les autoroutes à péage. Le paysage était agréable, la route roulante et, surtout : l’essence était bon marché ! On en a profité pour remplir nos jerricans « au cas où » – un de 5 litres, l’autre de 10. On ne sait jamais, surtout quand on s’apprête à plonger dans le vide finlandais. On a contourné Gdansk : l’aventure, la vraie, était encore devant nous.

Lituanie : une ligne droite sans fin
À la frontière lituanienne, c’était le chaos : des travaux qui laissaient entrevoir un poste de douane nouvelle génération. Ensuite… plus rien. Une traversée sans fin, monotone, sans arrêt. Juste du ciel gris, des lignes droites et des champs vides à perte de vue. Et pourtant, les T33 se sont illustrés. Leur confort et leur stabilité sur ces longues lignes droites ont rendu même les routes les plus ennuyeuses agréables.

Riga : une surprise lettone
La capitale lettone Riga est apparue à l’horizon au moment où le soleil commençait à se coucher. On n’a pas hésité : pause bien méritée ! La ville nous a séduits par son ambiance dynamique, son architecture majestueuse et ses ruelles pleines de charme. On a garé la Versys en plein centre. Bonne bouffe, une bière locale, et une petite escapade urbaine imprévue au milieu de notre expédition. Parfait !

Tallinn et la traversée
En Estonie, on est arrivé à Tallinn plus tôt que prévu. Parfait pour explorer cette ville médiévale aux ruelles pavées et tours anciennes. Ensuite, direction le ferry pour Helsinki. L’aventure continuait en Scandinavie. On pressentait que ce qu’on avait vécu jusqu’ici n’était qu’un avant-goût… La suite allait nous donner raison.

Helsinki : pluie, obscurité et… pavés
La Finlande nous a accueillis sous la pluie et la grisaille. Helsinki est animée, chaotique, et remplie de pavés. Pas l’idéal avec une moto bien chargée. Mais les T33 mordaient toujours, peu importe la surface. On a pris la fuite, à la recherche de calme. On a planté le camp sous un pont au bord de l’eau. C’était froid, humide, mais paisible. On a vu pire…

Imatra : de l’asphalte chargé d’histoire
Le lendemain, cap sur Ilomantsi avec un arrêt incontournable à Imatra. Tous les fans de sport moteur connaissent la ville grâce au championnat IRRC. On a eu le temps de faire deux tours sur le tracé routier ouvert. La ligne droite principale avec les chicanes est fermée à la circulation, mais l’ambiance est toujours là. On a pris quelques photos sur la grille de départ au bord du lac, en mode pilotes de course. Les locaux nous saluaient, nous encourageaient. À Imatra, la moto fait partie de l’ADN.

Le bout de la route
D’Imatra, la route serpente jusqu’à Ilomantsi. De l’asphalte parfait, idéal pour la Versys et les T33. Les deux en pleine forme. Le soleil commençait à se coucher quand on a entamé les 25 derniers kilomètres vers le Cap Est. Le gravier praticable s’est rapidement transformé en sentier enneigé. La température a chuté. À 2 km du but, on s’est retrouvés bloqués ! La moto glissait sur la neige gelée. Impossible de continuer. Mais l’objectif était si proche… alors on a continué à pied, dans la neige, en laissant la Versys derrière nous.

Le point ultime
Le « point le plus à l’est » se trouve au bord d’un lac gelé, accessible via une passerelle. Des panneaux d’info en plusieurs langues, et autour : le silence. Sur une île minuscule, deux bornes marquent la frontière – symbolique et réelle – de l’Europe. Une cabane en bois sur pilotis et quelques bancs : seuls indices d’une présence humaine. On a regardé le soleil couchant teinter la glace de rose et d’orange. Il n’y avait rien… et c’est ça qui rendait l’instant magique.

Le retour commence
Le retour a été plus difficile. La moto peinait à remonter la pente enneigée. On a poussé, tiré, glissé, mais – hourra – pas chuté. Euphorie ! On a repris la route jusqu’à la ville la plus proche, à 50 km. Le soleil tombait lentement. Le ciel flamboyait dans toutes les nuances du feu. En arrivant, il faisait déjà cinq degrés sous zéro. Le chauffage du car n’avait jamais été aussi apprécié.

La fin n’est qu’un début
Parfois, ce n’est pas la destination qui compte, mais le voyage. Ici, c’était les deux. Le Cap Est de la Finlande n’est peut-être pas une destination motarde classique, mais s’y retrouver seul – au bord de l’Europe, entre glace et silence – restera gravé dans nos mémoires. Ce qui avait commencé à pleine vitesse sur l’Autobahn s’est terminé dans un silence respectueux au bord d’un lac gelé. Un silence bienvenu, pour nous préparer à la suite : le redoutable Cap Nord.




